Les Garantes
Elle reste seule dans cette maison silencieuse. Figée dans le temps. Au milieu de la pièce aux rideaux tirés, trône le vieux meuble à argenterie de sa mère. On y a placé un napperon en dentelle fine. Deux chandeliers encadrent un vase bleu, qui accueille un bouquet de fausses fleurs décolorées par les années.
Effrayée par ces images gelées, elle forme le voeu de pouvoir s’enfuir sur ces hauteurs venteuses, ces landes sauvages telle l’héroïne, Catherine, dans le roman d’Emily Brontë qu’elle vient de lire, Les Hauts de Hurlevent, plutôt que de rester enfermée dans cette maison délétère, dans l’attente que quelque chose advienne pour la libérer.
D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours été empêchée par les codes, les préceptes transmis par son éducation, gérée par les femmes de la famille, de génération en génération. Elle a intériorisé ces normes visant à la maintenir à sa place, la place qui lui revient en tant que fille, discrète, sage, docile, entourée d’images pieuses, admonestée de règles morales. Elle fait partie, comme moi, de ces milliers à vouloir prendre un nouveau souffle — crier que leur monde n’est pas celui qu’on a décidé pour elles.
Deborah Colloc est née à Lyon en 1981, où elle vit et travaille. Formée à BLOO, École de photographie et d’images à Lyon, elle pratique pleinement la photographie depuis 2022 après des études en lettres modernes et médiation culturelle. Elle est également musicienne. Son travail photographique approche des questions sociologiques par le prisme d’un langage romantique, sombre, faisant place à “l’inquiétante étrangeté”. Elle s’intéresse aux thèmes de la mémoire, des récits, de la famille, de la solitude ou encore de l’énigme qui affleure dans le quotidien. Elle manipule les pellicules argentiques, expérimente la matérialité de l’image en accentuant le contraste, le grain, le flou.
Pronfondément poétique mais aussi engagée, son approche nait d’une urgence à dénoncer une certaine réalité en lien avec son histoire personnelle. Lorsque ses photographies emportent l’imaginaire vers un monde onirique, c’est pour mieux échapper à cette réalité sombre qui finit sans cesse par rejaillir. Ainsi, elle affectionne les décalages et glissements entre espace réel et mental. Ses recherches tendent à l’expression de l’émotion dans une expérience d’art total associant la photographie, la musique et l’écriture de textes ou de poèmes.
Elle a suivi en 2022 un workshop à Arles avec Antoine d’Agata qui a été un déclencheur pour sa pratique, puis a poursuivi en 2023 pendant un an avec la Masterclass Milk à Paris, dispensée par Sabrina Biancuzzi et Ljubisa Danilovic. En 2024, elle s’inscrit au mentorat de Marine Lanier pour approfondir sa démarche.
Son travail a été publié dans la revue Corridor Éléphant et projeté à Arles dans le cadre de la Nuit de la Roquette. Elle a aussi participé à des festivals en France.