Visions Périphériques
Bruno Palisson
L’autoroute est un lieu étrange qui nous coupe de toute relation extérieure en y pénétrant le temps d’un déplacement ou d’un péage à l’autre ; un lieu agressif et asocial, sans relation avec le monde et favorisant l’individualisation.
Propose-t-il plutôt un mouvement temporaire qu’un espace ? D’une certaine façon, il se traverse plus qu’il ne se vit ; du moins, il ne se vit que le temps de notre traversée.
Le temps d’un voyage y est paradoxal. Il est certainement le plus ennuyeux et le plus monotone qui puisse nous être offert. Il faut s’en échapper le plus vite possible !
Les paysages sont d’une grande illusion. Tous fabriqués, construits en partie par les déblais de ces rivières d’asphalte, ils s’y raccordent pour se fondre dans le réel. Ils ont été façonnés en nous donnant le sentiment de toujours avoir été là, comme une évidence naturelle, une manière de se faire oublier.
Pourtant, cet espace monumental offre le sentiment d’une grande liberté, de n’appartenir à personne, de ne dépendre de personne. Il joue un film de grands paysages, de passages qui défilent, se bousculent, s’agglutinent et se superposent dans une scène sans fin dont nous tenons le premier rôle. Il n’existe que par nous et notre voyage lors duquel surviennent, parfois, éblouissements inattendus et mirages qui fragmentent notre vision, voire nous aveuglent complètement et nous déstabilisent. Ces paysages segmentés nous défient dans une bataille solaire !
Nous roulons ainsi à l’aube naissante dans un tableau de peintre de paysages du XIXe qui nous projette dans le clair-obscur d’une vallée infinie, pour en ressortir dans un brouillard épais d’où peuvent émerger des champs entiers de ces envahisseurs récents, ces fleurs de métal, symbole de notre nouveau monde. Notre voyage se prolonge alors dans des brumes qui se transforment à l’aurore en aquarelles du pays du Soleil Levant.
C’est un espace de transition, une succession d’entre-deux ; un temps déconnecté de notre histoire et pourtant très concret, très présent ; une illusion de ce qui est, de ce que nous avons vu. Les paysages redessinés par superposition de ces instantanés issus du temps et du mouvement, sont remis en perspective dans leur dessein pour former de nouveaux paysages.
C’est un film photographique de nouveaux paysages présenté en transparence dans des caissons lumineux rétroéclairés symbolisant la voiture pour privilégier le relief de ces paysages et l’effet cinétique.
Bruno Palisson — C'est avec une boîte Goldy offerte par son père que Bruno Palisson a réalisé ses premières photographies à l'âge de 10 ans. Tout au long de son adolescence il s'affirme à travers ce médium, réalisant ses premières piges dès l'âge de 17 ans.
Il débute trois ans plus tard une carrière professionnelle en tant que photographe d'architecture pour des agences et des magazines. En parallèle, il poursuit des études d'architecture et fonde en 1994, avec son confrère Jean-Luc Calligaro, l'agence d'architecture Atelier PO & PO à Paris, une aventure toujours en ébullition aujourd'hui.
En 1997, il représente l'entreprise Polaroïd en France pour le cinquantenaire de la marque et en 1999, il co-réalise au sein d'un collectif d'Artistes une campagne artistique pour la marque de bonbons « Cachous Lajaunie ». Toujours en 1999, il participe au Festival d'Art sans Fin à Berne, ce travail sera présenté dans l'émission Tracks sur Arte.
Les œuvres de Bruno Palisson, Photographe et Architecte, sont régulièrement exposées et font parties de Collections-privées.
Le travail de l'Artiste est notamment sélectionné par différents Festivals de la Photographie tels : le Festival de Brioude (2024), le Festival Présence(s) Photographie de Montélimar (2022), le Festival Surréaliste de Fréjus (2021), le Festival les Focales du Pays d'Auge d'Honfleur (2020), et sont publiées dans des magazines spécialisés, tels que : L'Œil de la Photographie / Fisheye / Réponses Photo / Dodho magazine.
Bruno Palisson a exposé aux "Voies Off" des Rencontres Internationales d'Arles (2022-2021-2019), à la foire d'Art Contemporain ST-ART de Strasbourg, à la foire d'Art Contemporain VOLTA à Bâle en Suisse ou encore à The Glasgow Gallery of Photography en Ecosse et également à Londres lors de la Focus Art Fair à la Saatchi Gallery.