A l’arrière des berlines
Laurence Paryzak
« Traverser un territoire.
Traverser des états d’âme.
Paysages silencieux.
Temps suspendu des images qui défilent, de la route qui s’étire.
Regards perdus à travers la vitre.
Plonger en soi.
Laisser émerger les monstres.
Passager immobile à l’arrière des berlines.
Que reste-t-il de ces traversées ?
Des empreintes intimes.
Des pylônes électriques qui ponctuent l’espace par-delà le temps. »
Cette série À l’arrière des berlines montre un voyage entre songe et réalité, une traversée qui questionne ma propre histoire, mon enfance, mon adolescence.
Des souvenirs de trajets familiaux à l’arrière des berlines : les heures interminables laissaient naître des rêveries, des questions sans réponses. Un autre voyage commençait, un voyage au fond de soi. J’en ai gardé une fascination pour les pylônes électriques, compagnons immobiles et éphémères d’émotions surgies, éprouvées puis enfouies.
Des années plus tard, j’ai repris la route, pour vivre aujourd’hui ces paysages physiques à l’aune des transformations passées. J’ai exploré la mémoire des chemins parcourus, des fêlures révélées au fil du temps et de l’espace, au fil des lignes électriques qui relient et tissent une toile de résonances intérieures.
Le réel, capté par un sténopé numérique, dévoile des souvenances conscientes et inconscientes de peurs, d’inquiétudes sourdes, de marques laissées par des blessures intimes. Les images évoquent un temps figé devenu flou, des réminiscences d’expériences émotionnelles brouillées, estompées. Les anciennes photographies de l’enfance, figures d’insouciance disparue, de cicatrices invisibles, se superposent aux paysages actuels, aux pylônes qui ponctuent cette histoire.
Ce travail photographique introspectif, réalisé en France en 2023, est une immersion dans le passé, dans la fragilité d’une identité en construction.
Je suis enseignante à Lyon, et passionnée de photographie depuis ma jeunesse. De 1988 à 1999, j’ai suivi des formations, participé à des stages aux Rencontres d’Arles et obtenu un CAP Photographe. Je me suis passionnée pour le noir et blanc argentique que je développais et tirais moi-même. J’ai animé des ateliers photo pour mes élèves, les guidant dans la construction et l’utilisation d’appareils sténopé en carton, les initiant à la lecture d’image et au laboratoire N&B. J’ai également été photographe de mariage.
Les exigences de ma carrière de professeur et de ma vie de famille ont ensuite ralenti ma pratique photographique. Depuis 4 ans, j’ai renoué avec mes rêves d’explorer les chemins de la photographie d’auteur et participé à des stages (J.-C. Béchet, Marie Sordat). J’ai présenté plusieurs photos et séries lors d’expositions collectives, à Paris et Rouen (2024), Lyon, Seyssel et Glasgow (2025).
La photographie occupe désormais une place centrale dans ma vie ; j’utilise ce médium pour interroger ma sensibilité et partager des voyages intérieurs. J’aime particulièrement photographier en noir et blanc et expérimenter en fonction des projets. Mon travail, introspectif, questionne l’intériorité, les peurs et espoirs qui nous traversent, les blessures intimes, la résilience et la force de vie.